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L’Économie Sociale et Solidaire (ESS) en Belgique : de l’épopée historique à la transition citoyenne

L’Économie Sociale et Solidaire (ESS) en Belgique : de l’épopée historique à la transition citoyenne

Publié le 10/08/2026 - Économie Sociale & Solidaire - ⏳ 10 min de lecture

Série ESS — Belgique

L’Économie Sociale et Solidaire (ESS) en Belgique : de l’épopée historique à la transition citoyenne

Je suis l’économie de demain, forgée dans le passé.

Je ne suis pas née dans un incubateur à la mode. Bien avant que l’on parle de transition, d’impact ou de finance durable, des travailleurs, des paysans et des citoyens belges avaient déjà compris une chose essentielle : lorsque l’économie ne protège plus les personnes, les personnes peuvent apprendre à organiser elles-mêmes une autre économie.

Je suis l’Économie Sociale et Solidaire. En Belgique, on parle souvent simplement d’« économie sociale ». Mon identité repose sur une finalité tournée vers l’intérêt collectif, une autonomie de gestion, une gouvernance démocratique et une rémunération du capital limitée par rapport à la mission.

Dans le premier article de cette série, nous avons exploré cet ADN à l’échelle européenne.

Pour comprendre ce que je représente aujourd’hui en Belgique, il faut remonter le fil de mon histoire : entrer dans les ateliers textiles de Verviers, suivre les ouvriers gantois jusqu’à leur boulangerie coopérative, traverser le sillon industriel wallon, observer la naissance des banques paysannes, puis retrouver les coopératives citoyennes, les médias indépendants et les structures d’accompagnement actuelles.

1. Les prémices de la solidarité : quand les travailleurs commencent à s’organiser

Tisserands belges fondant une caisse solidaire

La vallée de la Vesdre et le choc industriel

À la fin du XVIIIe siècle, la région de Verviers est déjà un centre important de production lainière. En 1799, William Cockerill, mécanicien anglais, s’installe dans la vallée de la Vesdre et y introduit des machines permettant de mécaniser le cardage et la filature de la laine.

La mécanisation augmente la capacité de production, mais bouleverse aussi le travail. Les artisans et les ouvriers deviennent plus dépendants des propriétaires des machines, des commandes et des prix imposés. Les journées sont longues, les accidents fréquents et les protections contre la maladie ou la perte de revenu encore très limitées.

Face à cette insécurité, des travailleurs se regroupent dans des sociétés de secours mutuel. Ils cotisent dans une caisse commune qui peut intervenir lorsqu’un membre tombe malade, devient invalide ou ne peut plus travailler.

Leur logique est révolutionnaire : un risque individuel devient une responsabilité collective.

Gand et la puissance de Vooruit

Le 21 novembre 1880, environ 150 militants socialistes fondent la coopérative Vooruit à Gand. Edward Anseele et Edmond Van Beveren figurent parmi ses principaux initiateurs.

Le projet commence autour d’une boulangerie. Le pain n’est pas choisi au hasard : il représente une dépense quotidienne essentielle pour les familles ouvrières. Maîtriser sa production et sa distribution, c’est agir directement sur le coût de la vie.

Vooruit se transforme progressivement en un écosystème comprenant des magasins, des pharmacies, des activités culturelles, une imprimerie et des lieux de rassemblement. L’expérience révèle une idée puissante : une coopérative peut devenir une infrastructure d’émancipation.

2. Le feu, l’acier et la démocratie économique

Ouvriers wallons reprenant le contrôle économique

Dans le sillon industriel wallon

Au XIXe et au début du XXe siècle, la Wallonie devient l’une des régions industrielles les plus puissantes d’Europe. Le charbon, l’acier, la métallurgie, le verre et la construction mécanique façonnent les bassins de Liège, Charleroi, Mons et du Borinage.

Cette prospérité repose pourtant sur un immense déséquilibre. Les propriétaires contrôlent les usines, les investissements et l’organisation du travail. Les ouvriers dépendent du salaire, mais parfois aussi du logement, des services ou des magasins liés à l’entreprise.

Les coopératives de consommation proposent une autre voie : les travailleurs mettent leur pouvoir d’achat en commun, contrôlent davantage la distribution et peuvent affecter les excédents au développement d’activités utiles.

André Renard et les réformes de structure

Au milieu du XXe siècle, André Renard devient l’une des grandes figures du syndicalisme wallon. Ancien ouvrier de Cockerill, résistant et dirigeant syndical, il défend une conception qui dépasse la seule négociation des salaires.

Pour lui, améliorer la condition ouvrière exige aussi de transformer les structures économiques : contrôle des holdings, planification, politique industrielle et participation accrue des travailleurs aux décisions.

La démocratie économique pose ainsi une question complémentaire à la démocratie politique : pourquoi les personnes qui consacrent une grande partie de leur vie à une organisation ne disposeraient-elles d’aucune voix sur ses orientations fondamentales ?

3. Financer l’espoir : des caisses paysannes à la finance citoyenne

Épargne citoyenne finançant des projets solidaires

Les caisses Raiffeisen et les banques coopératives

À la fin du XIXe siècle, les petits paysans rencontrent d’importantes difficultés pour financer leur exploitation ou leur logement. En 1892, le prêtre Ferdinand Mellaerts fonde à Rillaar la première caisse belge inspirée par le modèle coopératif de Friedrich Wilhelm Raiffeisen.

Les habitants déposent leur épargne dans une caisse locale. Cette épargne peut ensuite être utilisée pour accorder de petits crédits aux membres de la communauté. Ces caisses deviendront progressivement les Raiffeisenkas, puis participeront au développement de CERA Banque.

NewB : ambition, difficulté bancaire et persistance du projet

Après la crise financière de 2008, des citoyens et des organisations belges veulent créer une nouvelle banque coopérative, éthique et durable. La coopérative NewB est fondée en 2011 et mobilise, au plus fort de son développement, plus de 116 000 coopérateurs.

NewB obtient son agrément bancaire en janvier 2020, mais renonce à celui-ci en octobre 2022. Un partenariat avec vdk banque prend ensuite le relais pour une partie de la clientèle francophone. Cette collaboration prend fin le 22 septembre 2025. Depuis février 2026, NewB travaille à un nouveau repositionnement dans le financement solidaire.

La leçon est claire : une communauté engagée est indispensable, mais elle ne remplace ni un modèle économique robuste, ni les compétences techniques, ni une stratégie commerciale réaliste.

Financité et la mobilisation directe de l’épargne

Le réseau Financité informe, forme et accompagne les citoyens et les entreprises autour de la finance responsable et solidaire. Le financement citoyen permet à l’épargnant de financer directement une énergie citoyenne, un média indépendant, une ferme coopérative, un lieu culturel ou une entreprise sociale.

4. Ma mutation moderne : le visage de l’économie sociale aujourd’hui

Panorama belge des innovations de l’économie sociale

Un poids économique considérable

Les données publiées pour 2022 recensent environ 11 800 organisations et 258 000 emplois en Wallonie et à Bruxelles, soit 12,6 % de l’emploi salarié.

À l’échelle de l’ensemble de la Belgique, les données disponibles pour 2024 recensent environ 17 700 entreprises employeuses et 400 000 équivalents temps plein, soit près d’un emploi sur huit.

Ethiquable

Ethiquable Belgique est une coopérative de travailleurs active dans le commerce équitable et l’agriculture paysanne biologique.

L’énergie citoyenne

REScoop Wallonie fédère des coopératives permettant aux citoyens de devenir copropriétaires d’installations renouvelables. L’enjeu concerne autant la production que la propriété des infrastructures et l’utilisation locale des retombées économiques.

Smart

Smart permet à des travailleurs autonomes de développer leurs activités au sein d’une structure mutualisée et coopérative, avec des outils de gestion, de facturation et de protection liés au statut salarié.

Medispring

Créée en 2018, Medispring développe un dossier médical informatisé appartenant à ses utilisateurs. Les professionnels de santé participent à sa gouvernance et les bénéfices sont réinvestis dans le projet.

Les médias coopératifs

Le magazine Médor a choisi une organisation coopérative et horizontale. Financité Magazine décrypte les enjeux de finance responsable et met en lumière les initiatives solidaires.

5. Tes alliés pour entreprendre autrement

Porteur de projet entouré par un écosystème belge

Connaître mon histoire est utile. Savoir vers qui te tourner l’est encore davantage.

Economiesociale.be

Le portail Economiesociale.be centralise définitions, actualités, appels à projets, offres d’emploi et annuaires.

SAW-B et ConcertES

SAW-B travaille sur l’accompagnement, la formation et la mise en réseau. ConcertES porte la voix du secteur auprès des pouvoirs publics et coordonne notamment l’Observatoire de l’économie sociale.

IDEES ASBL et Fosoder

IDEES ASBL promeut l’économie sociale et le modèle coopératif. Avec Fosoder, elle accompagne les porteurs de projets dans la création, la croissance, la diversification, la reprise ou la transmission.

Step Entreprendre

Step Entreprendre dispose d’une agence-conseil en économie sociale et d’une SAACE. Son dispositif de couveuse permet, sous certaines conditions, de tester une activité avant de créer définitivement son entreprise.

W.ALTER et iES!

W.ALTER est l’outil financier public wallon consacré aux entreprises sociales et coopératives. Il intervient par des prêts ou des apports en fonds propres et participe à l’écosystème de l’incubateur iES!.

Financité

Sa formation « Se financer grâce à l’investissement citoyen » aide à comprendre les parts coopératives, les obligations, les offres publiques, le Tax Shelter et les campagnes de financement participatif.

6. Exercice : construis la carte de ton projet social

Carte visuelle d’un projet social en construction
  1. Quel besoin veux-tu résoudre ? Décris un problème concret, observable et vécu par des personnes ou un territoire.
  2. Qui doit participer aux décisions ? Travailleurs, utilisateurs, bénéficiaires, producteurs, citoyens ou partenaires publics ?
  3. Quel modèle économique peut soutenir ta mission ? Vente, abonnement, cotisation, subvention, marché public, prêt, parts coopératives ou combinaison de plusieurs ressources ?
  4. De quel accompagnement as-tu besoin ? Information, test en couveuse, création juridique, gouvernance, financement, communication ou levée de fonds ?
  5. Quel premier acteur peux-tu contacter ? Choisis une seule structure parmi celles présentées dans ce guide et prépare une demande précise.

7. Ton action

Citoyen rejoignant une initiative sociale belge

Dans les sept prochains jours, réalise une action : repère trois entreprises sociales proches de chez toi, participe à une séance d’information, analyse les statuts d’une coopérative, rencontre un acteur d’accompagnement, remplace un achat habituel par un fournisseur de l’économie sociale ou étudie une campagne de financement citoyen en cours.

Tu n’as pas besoin de créer immédiatement une coopérative. Tu as besoin de commencer à voir l’économie qui existe déjà autour de toi.

8. À retenir

Repères essentiels de l’économie sociale belge
  • L’économie sociale belge est issue des réponses collectives apportées à l’industrialisation, à la maladie, à la pauvreté et à la dépendance économique.
  • Vooruit a démontré qu’une coopérative pouvait devenir une infrastructure économique, culturelle et politique.
  • La finance coopérative belge possède une histoire longue, des caisses Raiffeisen jusqu’à Cera, NewB et aux dispositifs actuels de financement citoyen.
  • L’épisode NewB rappelle que la mobilisation populaire ne dispense jamais d’un modèle économique viable.
  • Ethiquable, Smart, Medispring, Médor et les coopératives énergétiques montrent la diversité actuelle de l’ESS.
  • Economiesociale.be, ConcertES, SAW-B, IDEES, Step Entreprendre, W.ALTER, iES! et Financité forment un écosystème d’accompagnement concret.

9. Proposition de publication

Histoire sociale belge diffusée dans un réseau citoyen

Structure de publication proposée

  1. Commence par une scène historique ou une phrase de rupture.
  2. Montre la continuité entre les ouvriers du XIXe siècle et les coopératives actuelles.
  3. Ajoute un exemple belge contemporain.
  4. Termine par une question concrète adressée au lecteur.

L’économie sociale belge n’est pas née dans un PowerPoint consacré à l’impact.

Elle est née lorsque des ouvriers ont cotisé pour protéger un collègue malade. Elle a grandi dans une boulangerie coopérative à Gand. Elle a traversé les mines, les usines, les banques paysannes, les mutualités et les grandes grèves.

Aujourd’hui, elle développe des logiciels médicaux, des médias indépendants, des circuits courts et des éoliennes citoyennes.

Son histoire nous rappelle une chose : lorsque l’économie ne répond plus aux besoins humains, les citoyens peuvent apprendre à la reprendre en main.

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10. Ressources pour passer à l’action

Boîte à outils belge de l’entrepreneuriat social

Economiesociale.be

Découvrir le secteur, ses actualités, ses offres d’emploi et ses annuaires.

ConcertES

Comprendre la représentation politique et les données de l’économie sociale francophone.

IDEES ASBL

Développer ou transmettre un projet coopératif.

Step Entreprendre

Structurer et tester un projet avec une agence-conseil et une SAACE.

W.ALTER

Rechercher un financement adapté aux projets wallons.

Financité

Comprendre la finance solidaire et préparer une levée de fonds citoyenne.

Le mot de la fin

Mon histoire belge commence avec des travailleurs exposés à la maladie, aux accidents, à la pauvreté et à la dépendance envers les propriétaires des usines.

Elle se poursuit avec des caisses de secours, des boulangeries, des pharmacies, des coopératives de consommation, des mutualités et des institutions financières.

Aujourd’hui, je deviens une application médicale appartenant aux soignants, une éolienne financée par les habitants, un média détenu par sa communauté, une structure qui aide un indépendant à ne pas rester seul ou une campagne d’investissement permettant à des citoyens de financer directement un projet utile.

Je ne suis pas une économie parfaite. Mais je possède une boussole : l’argent, l’entreprise et la technologie doivent rester au service de la personne, de la démocratie et du territoire.

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Pas pour transformer toute l’économie en trois mois. Pour devenir, décision après décision, un acteur plus conscient de la transition.

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